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ALEXANDRE ZINOVIEV

A.Zinoviev - Into Emigration


Angoisses diurnes et nocturnes


La peinture d'Alexandre Zinoviev est une peinture symbolique: elle traduit des idées, plastique-ment. Vodka, Cri, Cancer, Infini, Peur... Est-ce dire qu'il s'agit d'une peinture littéraire? Non. Ce sont d'abord des peintures: des concepts transposés dans le monde des formes. Elles sont proches par l'esprit et par leur mise en scène d'une vision la Magritte ou d'un Delvaux - et certains ont déj souligné l'intért de Zinoviev pour l'art de ce dernier. Elles s'apparentent également tout un courant de l'art réalistement fantastique, qui s'est manifesté avec constance dans l'histoire de l'humanité depuis l'aube des temps : le symbole, figuratif, peint, gravé, sculpté, vise donner l'éclairage la fois le plus métallique et le plus mystérieux.

Chez Zinoviev, les tonalités, souvent sourdes, assombries, "froides", chthoniennes, expriment un monde de l'ailleurs tantt caricatural, tantt ironique, parfois profondément envotant, parfois émouvant d'une manière lancinante. Et certaines compositions, par leur mise en page audacieuse, par exemple Destin, ou leur monumentalité hiératique, par exemple Allemagne - l'une et l'autre uvres sont bties sur le rouge-violet, le jaune et le noir - traduisent d'autant mieux la solitude minérale d'un univers déserté par l'humanité. Et quand apparaissent les hommes - ou les femmes - ils sont droits, immobilisés, le regard fixé sur un horizon infini et invisible, comme prisonniers de l'immuable. A tout cela s'ajoute un accent baroque, sinon souvent maniériste, créé par la juxtaposition de couleurs contrastées dans le registre de l'aigre-doux, et par la déformation des corps humains ou d'animaux, notamment des chevaux, o l'on retrouve de nets prolongements plastiques chers Picasso (Guernica).

Mains aux très longs doigts crochus, monstres anthropomorphes, tres aquatiques ou végétaux, de quelque profondeur marine trouble, masses serrées de visages apeurés, les yeux grands ouverts... Ces peintures ont une puissance visionnaire fouail-leuse de l'me comme de l'esprit. Le monde est devenu un ensemble de situations déchiffrer et leur déchiffrement procède de la mise nu d'une veine tragique qui s'ancre au tréfonds d'Alexandre Zinoviev, Russe, exilé en Occident.

A l'instar de ses "romans", variations infinies sur une série de motifs récurrents entrelacés, ses peintures décrivent un univers de la tragi-comédie qu'il faut décoder sur deux niveaux; la forme dit ce qu'elle représente, elle révèle aussi ce qui se trouve au plus profond de chacun d'entre nous, face aux systèmes idéologiques de toute sorte: nos angoisses diurnes, nos angoisses nocturnes.

Sylvio Acatos


La Caricature


J'avais onze ans lorsque j'entrai dans la rédaction du journal mural de la classe, avec pour tche de le mettre en forme, c'est--dire d'écrire les slogans et les titres des articles et d'en dessiner les illustrations. Mes camarades m'avaient choisi parce que, déj cette époque, j'avais l'habitude de remplir les pages de mes cahiers de toutes sortes de petits bonshommes et d'animaux. Je me consacrai au premier numéro avec le plus grand zèle. En première page, je dessinai le portrait de Staline, mais j'en fis un portrait tel que, une demi-heure après avoir été affiché, le journal fut précipitamment détaché du mur et il s'en fallut de peu que je ne fusse expulsé de l'école. Je fus pardonné en raison de mon jeune ge, de mon origine prolétaire-paysanne et de mon profond et sincère regret. Par la suite, il me fut interdit de dessiner des "chefs" et on m'ordonna de ne faire que des caricatures.

Depuis lors je me suis consacré aux caricatures, en commenant par celles de mes camarades d'école, pour passer celles de mes compagnons d'armes quand j'étais dans l'armée, des étudiants et des enseignants de ma faculté l'université, de mes collègues de travail; bref, de tous ceux qui me tombaient sous les yeux. J'en ai fait des milliers. Je ne me suis jamais soucié, bien sr, de les garder et je ne leur ai jamais attribué une quelconque valeur artistique.

Plus tard, je me mis faire des portraits ou peindre des scènes de la vie quotidienne. Presque tout ce que j'ai peint a été perdu. Seules quelques centaines d'uvres, des tableaux et des dessins éparpillés dans des collections privées Moscou, ont été sauvées. Bien que j'y fusse défavorable, ma femme Olga décida de récupérer mes dessins et mes tableaux. Elle ne réussit en réunir que quelques dizaines, qu'elle eut le temps d'envoyer en Occident peu avant notre départ d'URSS. Un certain nombre d'autres uvres furent transportées en Occident par quelques amis.

J'ai continué mme en exil mon activité d'artiste amateur, mais plus aussi intensément qu' Moscou. J'ai trop peu de temps. Et puis les visages des Occidentaux m'intéressent moins en tant qu'artiste. Je n'utilise le crayon ou le pinceau que pour me reposer des travaux littéraires ou pour en tirer une stimulation nouvelle.

Alexandre Zinoviev


Vous avez dit "corrosif"?


Il peut sembler malaisé d'exprimer un avis sur les uvres picturales d'un géant de la littérature, surtout d'un écrivain dont l'activité de pamphlétaire prte discussion. Est-ce une raison de s'abstenir si on ne partage pas toutes ses thèses et opinions sur les affaires du monde? Que non point, et il ne faut pas redouter d'encourir les foudres d'esprits étroits incapables de séparer l'oeuvre et la vie de ceux qu'ils se permettent de juger.

Si la lecture des Hauteurs Béantes et de L'Avenir radieux réserve d'heureux moments chargés d'humour parfois grinant, de franche cocasserie, d'esprit voltairien, cté de dialogues d'allure socratique, que dire des toiles, des dessins de Zinoviev? A mes yeux, les thèmes exposés, presque tous d'allure polémique, exhalent un climat d'oppression et soulignent avec férocité les laideurs, les bassesses et les misères d'une société avec laquelle l'artiste a rompu. On ressent cette cassure dans la recherche quasi obsessionnelle des failles réelles ou supposées du système. Il y a un cté ubuesque dans la satire impitoyable, sardonique, d'événements qui auraient pu tout aussi bien se produire ailleurs, mme aux Etats-Unis ou en France! Ainsi en est-il de l'impressionnante vision de Tchernobyl. La puissance de l'évocation va bien au-del de l'accident, et c'est toute la science incontrlée qui est mise en cause dans cette composition apocalyptique. Le trait net, sobre, sans excès de fioriture, se veut parfois brutal et vulgaire pour mieux traduire l'absurdité et la dérision d'un monde fermé. Volontairement, le choix des coloris est restreint. Il évolue dans quelques tons sombres, agressifs, marqués a et l par le désespoir et le nihilisme. Les oppositions de rouges et de bleus intenses renforcent cette impression pesante d'univers carcéral o le pessimisme écrase les velléités d'espérance et de gaieté.

Zinoviev fantasme beaucoup mme quand il peint les portraits fort ressemblants et vivants de ses amis Rostropovitch et Askenazy. Les visages sont lourds de signification. La chaleur humaine, voire la tendresse qui se détachent de tels sujets contrastent avec le persiflage d'éminents représentants de la Nomenkiatura. Les uns y verront de l'aversion, d'autres évoqueront l'amour déu de celui qui applique l'adage "Qui aime bien chtie bien".

Aux amateurs de juger cet art engagé et de se demander si Zinoviev traduit aussi bien par sa peinture ce qu'il a si brillamment décrit dans ses livres. De toute manière, c'est une uvre puissante, symbolique, qui porte la réflexion. Le message est clair et sans nuance. A contempler les paraboles et les compositions qu'il nous propose, on mesure mieux la charge ironique et dérisoire de L'Avenir radieux. Précieux témoignage!

Claude Ketterer

A.Zinoviev - Autoportrait
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A.Zinoviev - In the West
A.Zinoviev - Party meeting
A.Zinoviev - The Yawning Heights
A.Zinoviev - Stalin
A.Zinoviev - Spain
A.Zinoviev - The explosion
A.Zinoviev - Change of leadership
A.Zinoviev - Philosopher
A.Zinoviev - Antechamber to Paradise
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A.Zinoviev - Horses
A.Zinoviev - From 'Vesselije 2'
A.Zinoviev - Lenin
A.Zinoviev - Yawning Heights
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A.Zinoviev - The Radiant Future
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Peinture